« Elle tenait la main de sa fille, la main de sa vie dans ses propres mains. »

Mères de Théodora DIMOVA 2006

Editions des Syrtes

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Synopsis :

7 adolescents, 4 filles et 3 garçons dans la Bulgarie postcommuniste.
7 vies côtoyant la misère tant sociale qu’affective.
7 enfants privés « d’amour maternel ».
7 destins brisés et un meurtre.
Partie d’un fait divers arrivé en Bulgarie où 2 adolescentes avaient tuées une de leur camarade, l’auteur nous conte ici le meurtre d’un professeur, qui pourtant leur est dévoué, par une classe toute entière. L’occasion pour elle de dresser le portrait de 7 d’entre eux, dont le point commun est l’impact de leur relation à la « mère » sur leur vie.

L’avis de Ceriss

Le style est particulier, la ponctuation, enfin le « point » surtout se fait rare, à titre d’exemple voici une seule phrase tirée du roman :

« Et tu sais, Lydia, tant qu’on est jeune, on ne croit pas qu’on ne pourra plus descendre le sentier qui mène au rivage, on ne croit pas qu’on ne pourra plus plonger dans l’eau et nager, nager, nager des heures durant, bien loin, et encore des heures pour revenir vers la côte, on ne croit pas qu’il nous est arrivé de mettre au monde cinq enfants, quatre fils et une fille, Vassiliki, que le lien ne se maintiendra avec aucun d’eux, qu’on aura pas besoin de voir l’un de ses enfants, parce qu’une fois qu’ils ont grandi, Lydia, qu’ils ont commencé à vieillir, une mère se détache de ses enfants vieillissants, ou bien ce sont eux qui se détachent de leur vieille mère, je ne sais pas s’il en sera de même pour toi, Lydia, je ne sais pas qui s’est détaché le premier ni quand ça s’est produit, ça se produisait en continu, mais je ne le croyais pas, je n’ai jamais été vaniteuse ou superstitieuse, Lydia, mais ce paradoxe, à savoir qu’une personne étrangère, une Bulgare qui plus est, soit avec moi durant mes derniers jours, s’occupe de moi, me serve, me coiffe, me baigne, que ce soit quelqu’un de complètement étranger qui doive être avec moi et non pas l’un de mes enfants, ça, Lydia, je ne puis pas le comprendre, pouvais-je m’imaginer qu’à quatre-vingt-douze ans, je ne converserais qu’avec une Bulgare, Lydia ? »

Le style participe à ce sentiment d’oppression, d’asphyxie même que l’on ressent tout au long du livre, comme si l’auteur voulait nous empêcher de reprendre notre respiration pour rester avec ses ados dans leur misère affective et sociale. Et puis au fil des pages, je m’y suis fait à ce style, allant même parfois jusqu’à l’apprécier.

En tant que maman et fille, j’avoue que ce livre m’a tordu les boyaux, les comportements décrits, les mots prononcés par ces femmes devant leurs enfants sont horribles et évidemment ils ne peuvent être que lourds de conséquence sur le psychisme de ces adolescents. Le mot « mères » est même injustifié pour les qualifier tellement certaines sont odieuses, inhumaines.

« […] et alors il comprit qu’il était seul, seul pour toujours, il en prit conscience à l’âge de huit mois, sans même connaître les mots pour « maman », « solitude », et « douleur » ».

Je trouve dommage, d’avoir tant détaillé le passif de chaque adolescent et si peu les deux années passées aux côtés de leur victime commune. Les liens créés par chacun d’eux avec leur professeur assassiné sont à peine évoqués, pourtant cela aurait permis de mieux appréhender les raisons qui les font basculer dans une folie collective.

De même, j’aurai souhaité que l’auteur approfondissent davantage les relations entre les ados, car bien qu’elles soient évoquées, puisque c’était une classe « à part » au sein de ce lycée, elles ne sont finalement pas assez développées.

Cela m’a manqué pour pouvoir totalement accrocher à l’histoire.
En résumé, un livre dur, reflet d’une société bulgare post communiste souffrante, mais une intrigue trop vite survolée.

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