« Ça m’a donné une leçon que j’aurais dû savoir tout ce temps-là : ce qu’on fait aux enfants ça compte. Et ils pourraient ne jamais l’oublier. »

Délivrances de Toni Morrison

Christian Bourgois Éditeur ◇

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Synopsis :

Lula Ann est une jeune femme dont la beauté n’a d’égal que sa noirceur.

Elle s’est bâtie un monde dans lequel elle se fait désormais appelée Bride.

Femme accomplie qui a parfaitement réussi sa vie professionnelle elle a trouvé l’amour dans les bras du beau Booker. Si tout semble se dérouler parfaitement pour elle, une suite d’événements mais surtout quelques mots prononcés par son amoureux, vont remettre en cause cette apparente plénitude.

« – T’es pas la femme que je veux.

– Moi non plus. »

Je ne sais pas pourquoi j’ai dit ça. C’est sorti tout seul de ma bouche. »

Voulant réparer une erreur commise dans son enfance pour obtenir l’affection alors inexistante de sa mère, elle ne va récolter que haine et coups en retour.

Déstabilisée, elle va partir à la poursuite de l’homme qui l’a injustement éconduit.

Son périple va l’amener notamment à la rencontre de Rain, petit fille aux grands yeux verts. Rain, malgré son très jeune âge, a déjà été confrontée à la noirceur la plus sombre et la plus abjecte des hommes, ces hommes qui l’effrayent et lui donnent envie de vomir.

Bride, Booker et Rain ont en commun leurs traumatismes d’enfant, leur fêlure, leurs blessures, et pour les deux premiers restent prisonniers de leur passé.

L’avis de Ceriss :

C’est un roman noir à tous les sens du terme.

Noir de par la couleur de son héroïne.

« Qu’il ait été allongé sous son corps, qu’il l’ait dominé ou qu’il ait tenu cette femme entre ses bras, sa noirceur le transportait. Il était alors certain que non seulement il tenait la nuit, mais qu’elle lui appartenait, et si la nuit qu’il tenait entre ses bras n’était pas suffisante, il pouvait toujours voir dans les yeux de Bride, la lumière des étoiles. »

Noir de par les thèmes abordés tout au long de l’histoire, le racisme, le rejet, les mensonges et les non-dits, les blessures de l’enfance, les conséquences de nos actes et de nos comportements, les faux témoignages, les abus sexuels, les meurtres.

« Si tu revoyais ta mère, qu’est ce que tu lui dirais ? Rain eu un grand sourire. – Rien. Je lui couperais la tête. »

Mais le talent et le style de Toni Morrison viennent mettre de la poésie dans toute cette noirceur.

« Le soleil resplendissait encore, si bien que les gouttes qui tombaient d’un ciel bleu layette ressemblaient à du cristal se brisant en tâches de lumière sur le trottoir. »

J’ai aimé la structure du roman, le fait que l’auteur change de narrateur à chaque chapitre, cela apporte de la fluidité au texte. Mais cela permet avant tout de confronter les ressentis de chaque personnage, leur vision et surtout leur analyse bien différente des événements.

« Je priais afin qu’elle  me donne  une fessée ou une gifle, rien que pour sentir son toucher. Je faisais des petites bêtises exprès, mais elle avait des façons de me punir sans toucher ma peau qu’elle détestait – au lit sans manger, m’enfermer dans ma chambre ;  mais le pire, c’était les fois où elle me criait dessus. Quand la peur gouverne, le seul choix pour survivre, c’est l’obéissance. Et j’étais douée pour obéir. Je restais sage, et je restais sage, et je restais sage. »

« Je n’étais pas une mauvaise mère, il faut que vous le sachiez, mais il se peut que j’aie fait à mon unique enfant des choses qui l’ont blessée, parce qu’il fallait que je la protège. Obligée. Tout ça à cause des privilèges liés à la couleur de peau. Au début, je n’arrivais pas à voir plus loin que toute cette noirceur afin de savoir qui elle était et simplement de l’aimer. Mais je l’aime. Je l’aime vraiment. Je crois qu’elle comprend, maintenant. Je crois. »

J’ai beaucoup aimé le temps passé au côté de Bride et je n’avais pas vraiment envie de quitter sa compagnie. Ce roman est un coup de cœur. C’est la découverte d’une auteur dont j’ai envie de lire d’autres œuvres.

Citations :

« Corrige ce que tu peux et tire les leçons du reste. »

« Après avoir confessé les pêchés de Lula Ann, elle avait l’impression de renaître. De ne plus être forcée de revivre – non, de survivre au mépris de sa mère et à l’abandon de son père. »

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