« Elle était le loup affamé qui n’envie pas le chien bien nourri dont le cou est tenu par une laisse. »

AHLAM

De Marc TREVIDIC

Livre de Poche

Synopsis :

Lorsqu’en 2000 Paul, célèbre peintre français, débarque aux Kerkennah en Tunisie, l’archipel est un petit paradis pour qui cherche paix et beauté. L’artiste s’installe dans « la maison de la mer », noue une forte amitié avec la famille de Farhat le pêcheur, et particulièrement avec Issam et Ahlam, ses enfants incroyablement doués pour la musique et la peinture. Peut-être pourront-ils, à eux trois, réaliser le rêve de Paul : une œuvre unique et totale où s’enlaceraient tous les arts.

Mais dix ans passent et le tumulte du monde arrive jusqu’à l’île. Ben Ali est chassé. L’islamisme gagne du terrain. L’affrontement entre la beauté de l’art et le fanatisme religieux peut commencer.

L’avis de Ceriss :

« La beauté sauvera le monde. » disait Dostoïevski ; Marc TREVIDIC nous en fait la démonstration…mais à quel prix !

C’est une lecture que j’ai savourée. J’avais envie de prendre mon temps. Et cette lecture s’y est parfaitement prêtée, au-delà de mes espérances.

Le premier roman de ce juge, qui n’est plus à présenter, me faisait de l’œil depuis sa sortie. Déjà ce prénom Ahlam, « les rêves », rien que le titre m’appelait.

Un frère, une sœur, deux destins qui s’entremêlent, qui s’entrechoquent au gré de l’évolution d’un pays, la Tunisie et de sa révolution de jasmin.

On les suit dans le dédale qui les mènera de leur enfance à l’âge adulte. Dans ce labyrinthe frère et sœur, partant du même point avec le même vécu, vont emprunter des couloirs différents, se heurter à des impasses, revenir sur leurs pas et repartir dans des directions opposées. Qui trouvera la sortie de ce labyrinthe ?

AHLAM est un roman qui se déguste ! C’est une tragédie remplie de grâce.

On y retrouve le vécu de l’auteur par petites touches, des clins d’oeil.

« Ne dites rien de plus. Vous êtes un con. Vous avez des années d’études à la place du cœur. »

On découvre l’homme derrière l’auteur Ce roman est un éloge à la beauté & à l’art sous toutes ses expressions : la musique, la peinture, la poésie. Et surtout un plaidoyer pour la création.

« La musique est l’art de combiner les sons et les silences ; la peinture est l’art de combiner les couleurs et le blanc. Ce n’est pas un hasard si un blanc est un silence en musique et une absence de couleur en peinture. Dans la musique le silence donne de la couleur aux notes. En peinture, le blanc donne de l’importance aux couleurs. »

C’est aussi une histoire d’amour et un hommage rendu aux femmes, à leur beauté, à leur force et à leur courage.

« J’ai été fou amoureux. J’ai été fou malheureux. Je cherche le juste milieu. »

« Quand l’horizon est trop lointain, on ne pense pas pouvoir l’atteindre, d’autant qu’il s’éloigne quand on s’en approche. Ces derniers jours l’horizon avait été si proche qu’il aurait été possible de le toucher. Le rêve devenait réalité. C’est à cet instant précis que les rêves s’évaporent au moment du réveil. »

Enfin, on retrouve bien sûr le juge anti-terroriste derrière l’auteur. C’est indéniablement un roman d’actualité, disséquant le processus d’endoctrinement. L’auteur nous fait toucher du doigt à quel point l’ignorance est une faille béante dans laquelle s’engouffrent les salafistes pour arriver à leurs fins, comment internet est leur meilleur allié pour répandre leur propagande en toute impunité.

« Les fenêtres sont ouvertes et tu bêles comme un mouton que l’on va égorger. Si tu recommences, tu seras le mouton que j’égorgerai. Maintenant tu la boucles. »

C’est un roman fort, qui alterne des passages lyriques et des scènes d’une violence crue. On passe par toute une palette de sentiments. On est subjugué, ému, interloqué, surpris, outré, révolté, atterré, attristé…

On ne peut pas ressortir de cette lecture indemne. 

« Maintenant son fils allait mourir ou devenir un assassin, ou les deux. Farhat se demanda s’il préférait que son fils meure ou devienne un assassin. Il réfléchit longuement à la question et souhaita sa mort. En arriver là ! Souhaiter la mort de son seul fils. »

Il faut lire ce livre, c’est une lecture indispensable et incontournable !

Pour conclure sur une note très personnelle, je reprends ma citation fétiche, car c’est mon credo depuis bientôt 10 ans.

« Tu es chrétien, Ahlam est musulmane. Et alors ! Le monde est fou. Soyons plus intelligent que lui. »


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