« Tu veux savoir ce qu’est la faiblesse ? C’est de traiter quelqu’un comme s’il t’appartenait. La force est de savoir qu’il n’appartient qu’à lui-même. »

NO HOME

Yaa GYASI

Editions Calmann Lévy

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Synopsis :

Deux soeurs à la destinée bouleversante.

Trois siècles d’histoire.

XVIIIe siècle, au plus fort de la traite des esclaves. Effia et Esi naissent de la même mère, dans deux villages rivaux du Ghana.
La sublime Effia est mariée de force à un Anglais, le capitaine du Fort de Cape Coast. Leur chambre surplombe les cachots où sont enfermés les captifs qui deviendront esclaves une fois l’océan traversé.
Effia ignore que sa soeur Esi y est emprisonnée, avant d’être expédiée en Amérique où des champs de coton jusqu’à Harlem, ses enfants et petits-enfants seront inlassablement jugés pour la couleur de leur peau.
La descendance d’Effia, métissée et éduquée, connaît une autre forme de souffrance : perpétuer sur place le commerce triangulaire familial puis survivre dans un pays meurtri pour des générations.

Navigant brillamment entre Afrique et Amérique, Yaa Gyasi écrit le destin d’une famille à l’arbre généalogique brisé par la cruauté des hommes. Un voyage dans le temps inoubliable.

L’avis de Ceriss :

Mais quel roman !

Quel voyage nous fait vivre Yaa GYASI, non seulement à travers les siècles mais également à travers les continents.

Et surtout quel travail, mais quel premier roman épatant !

J’ai vraiment apprécié cette lecture, non seulement sa construction est intéressante, chaque chapitre nous conte l’histoire d’un membre de cette famille. Cette famille dont les deux branches sont vraiment indépendantes, autonomes voir opposées selon les générations qui défilent sous nos yeux, la première des deux sœurs n’ayant même pas connaissance de l’existence de sa petite sœur.

« Tu n’es pas la première fille de ta mère. Il y en a eu une autre avant toi. Et dans mon village, il y a un dicton sur les sœurs séparées. Elles sont comme une femme et son reflet, condamnées à rester sur les rives opposées de l’étang. »

Je n’ai pas pu m’empêcher de faire un parallèle avec la très bonne série « Racines » tirée du roman éponyme d’Alex HALEY [qu’il faut impérativement que je lise d’ailleurs], diffusée en début d’année.

C’est évidemment une saga sur l’histoire de l’esclavagisme, mais l’approche de l’auteur n’est ni complaisante, ni grandiloquente. J’ai apprécié son analyse et son angle de vue.

«  Les Anglais ne vendaient plus d’esclaves en Amérique mais l’esclavage n’avait pas pris fin, et son père ne croyait pas qu’il finirait un jour. Ils troqueraient simplement une sorte de chaînes pour une autre, changeraient les chaînes réelles qui encerclaient les poignets et les chevilles pour d’autres invisibles qui enchaînaient les esprits. »

Alors bien sûr, qui dit saga familiale, dit personnages multiples, et certains feront naturellement plus écho en vous que d’autres.
A ce petit jeu, ma préférence ira à Yaw, pour un tas de raisons différentes. Le récit de sa vie est notamment l’occasion pour l’auteur d’aborder le thème de l’Histoire.
N’oublions jamais que l’histoire est un récit comme nous le dit si bien Yaa GYASI.

 » « C’est le problème de l’histoire. Nous ne pouvons pas connaître ce que nous n’avons ni vu ni entendu ni expérimenté par nous-mêmes. Nous sommes obligés de nous en remettre à la parole des autres. Ceux qui étaient présents dans les temps anciens ont racontés des histoires aux enfants pour que les enfants sachent, et qu’eux-mêmes puissent raconter ces histoires à leurs enfants. Et ainsi de suite, ainsi de suite. Mais maintenant nous arrivons au problème des histoires conflictuelles. Kojo Nyarko dit que les guerriers qui arrivèrent dans son village portaient des tuniques rouges, mais Kwame Adu dit qu’elles étaient bleues. Quelle histoire faut-il croire alors ? »
Les garçons n’émirent aucun son. Ils restèrent à le fixer attendant la suite.
« Nous croyons celui qui a le pouvoir. C’est à lui qu’incombe d’écrire l’histoire. Aussi quand vous étudiez l’histoire, vous devez toujours vous demander « Quel est celui dont je ne connais pas l’histoire ? Quelle voix n’a pas pu s’exprimer ? » Une fois que vous avez compris cela, c’est à vous de découvrir cette histoire. A ce moment-là seulement, vous commencerez à avoir une image plus claire, bien qu’encore imparfaite. » « 

Et enfin, je ne pense pas me tromper en vous disant que l’auteur a mis une touche très très personnelle dans le personnage de la jolie Marjorie.

Quant au style, il est simple, limpide et accessible, poétique par moment.

Voilà No Home est un roman captivant, étonnant, émouvant, bluffant de justesse, surprenant, vous l’avez compris je vous le recommande chaudement.

Citations :

« L’enfer était peuplé de souvenirs, chaque bons moment traversait l’imagination avant de retomber sur le sol comme une mangue pourrie, parfaitement inutile, inutilement parfait. »

« Ces larmes étaient une sorte de routine. Elles étaient versées par toutes les femmes. Elles tombaient jusqu’à ce que le sol se transforme en boue. La nuit, Esi rêvait que, si elles pleuraient toutes à l’unisson, la boue se transformerait en une rivière qui les emporterait vers la mer. »

« […] car il savait dans sa chair, même s’il ne l’avait pas encore totalement enregistré dans son esprit, qu’en Amérique, le pire qui pouvait vous arriver était d’être noir. Pire que mort, vous étiez un mort qui marche. »

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