« Nous découvrons tous tôt ou tard dans la vie que le bonheur parfait n’existe pas, mais bien peu sont ceux qui s’arrêtent à cette considération inverse qu’il n’y a pas non plus de malheur absolu. »

Si c’est un homme

Primo LEVI

Editions POCKET

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Synopsis :

Si c’est un homme est un témoignage autobiographique de Primo Levi sur sa survie dans le camp d’extermination nazi d’Auschwitz, où il est détenu de février 1944 à la libération du camp, le 27 janvier 1945.

« On est volontiers persuadé d’avoir lu beaucoup de choses à propos de l’holocauste, on est convaincu d’en savoir au moins autant.

 Et, convenons-en avec une sincérité égale au sentiment de la honte, quelquefois, devant l’accumulation, on a envie de crier grâce. C’est que l’on n’a pas encore entendu Levi analyser la nature complexe de l’état du malheur. Peu l’ont prouvé aussi bien que Levi, qui a l’air de nous retenir par les basques au bord du menaçant oubli : si la littérature n’est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n’est que futilité. » Angelo RINALDI

 

L’avis de Ceriss :

Difficile d’émettre un avis sur un tel témoignage.

Evidemment, c’est un livre à lire pour le devoir de mémoire. C’est une version de l’Histoire, c’est l’histoire d’un homme, M. Primo LEVI, qui s’est retrouvé au cœur de l’Histoire, et qui nous en donne sa version. C’est une démarche vitale & essentielle.

Que dire de plus, un témoignage ça se prend tel que, c’est forcément subjectif et sélectif, ça ne se « critique » pas comme un roman.

Alors oui, j’ai regretté les longs chapitres sur l’organisation et la gestion interne du camp, sur le système de troc mis en place, je reconnais avoir peu d’intérêt pour les questions d’intendance, même si je comprends ô combien elles ont été primordiales et vitales pour tous ces hommes et ses femmes privés de tout, et même si je comprends bien leur nécessité absolue pour la survie de ceux-ci à l’intérieur du camp.

Autant j’ai pu relire maintes fois certains extraits, autant j’avoue avoir survolé en diagonale ces passages logistiques.

C’est bien l’horreur humaine que nous décrit dans ces lignes l’auteur, et ce sont ces passages qui vous font une boule à l’estomac.

Il est en effet superflu de mettre des mots sur ceux tellement justes de Primo Levi.

Comme il est difficile de sortir des phrases de leur contexte,  j’ai préféré vous retranscrire les 4 extraits qui sont pour moi les plus significatifs, même s’ils sont un peu longs.

Extraits :

« Mais les mères, elles mirent tous leurs soins à préparer la nourriture pour le voyage : elles lavèrent les petits, firent les bagages, et à l’aube les barbelés étaient couverts de linge d’enfant qui séchait au vent ; et elles n’oublièrent ni les langes, ni les jouets, ni les coussins, ni les mille petites choses qu’elles connaissent bien et dont les enfants ont toujours besoin. N’en feriez-vous pas autant vous aussi ? Si on devait vous tuer demain avec votre enfant, refuseriez-vous de lui donner à manger aujourd’hui ? »

« […] c’est justement, disait-il, parce que le Lager est une monstrueuse machine à fabriquer des bêtes, que nous ne devons pas devenir des bêtes ; puisque même ici il est possible de survivre, nous devons vouloir survivre, pour raconter, pour témoigner ; et pour vivre, il est important de sauver au moins l’ossature, la charpente, la forme de la civilisation. Nous sommes des esclaves, certes, privés de tout droit, en butte à toutes les humiliations, voués à une mort presque certaine, mais il nous reste encore une ressource et nous devons la défendre avec acharnement parce que c’est la dernière : refuser notre consentement. Aussi est-ce pour nous un devoir envers nous-mêmes que de nous laver le visage sans savon, dans l’eau sale, et de nous essuyer avec notre veste. Un devoir, de cirer nos souliers, non certes parce que c’est écrit dans le règlement, mais par dignité et par propreté. Un devoir enfin de nous tenir droits et de ne pas traîner nos sabots, non pas pour rendre hommage à la discipline prussienne, mais pour rester vivants, pour ne pas commencer à mourir. »

« Car la nature humaine est ainsi faite, que les peines et les souffrances éprouvées simultanément ne s’additionnent pas totalement dans notre sensibilité, mais se dissimulent les unes derrière les autres, par ordre de grandeur décroissante selon les lois bien connues de la perspective. Mécanisme providentiel qui rend possible notre vie au camp. Voilà pourquoi on entend dire si souvent dans la vie courante que l’homme est perpétuellement insatisfait : en réalité, bien plus que l’incapacité de l’homme à atteindre à la sérénité absolue, cette opinion révèle combien nous connaissons mal la nature complexe de l’état de malheur, et combien nous nous trompons en donnant à des causes multiples et hiérarchiquement subordonnées le nom unique de la cause principale , jusqu’au moment où, celle-ci venant à disparaître, nous découvrons avec une douloureuse surprise que derrière elle il y en a une autre, et même toute une série d’autres. »

« Cette année est vite passée. L’année dernière, à la même heure, j’étais un homme libre : hors-la-loi, mais libre ; j’avais un nom et une famille, un esprit curieux et inquiet, un corps agile et sain. Je pensais à toutes sortes de choses très lointaines : à mon travail, à la fin de la guerre, au bien et au mal, à la nature des choses et aux lois qui gouvernent les actions des hommes ; et aussi aux montagnes, aux chansons, à l’amour, à la musique, à la poésie. J’avais une confiance énorme, inébranlable et stupide dans la bienveillance du destin, et les mots « tuer » et « mourir » avaient pour moi un sens tout extérieur et littéraire. Mes journées étaient tristes et gaies, mais je les regrettais toutes, toutes étaient pleines et positives ; l’avenir s’ouvrait devant moi comme une grande richesse. De ma vie d’alors il ne me reste plus aujourd’hui que la force d’endurer la faim et le froid ; je ne suis plus assez vivant pour être capable de me supprimer. »

4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Je l’ai lu au lycée… Bouleversant!

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    1. J’avais pas eu cette occasion, mais je suis contente de l’avoir fait maintenant à mon âge, le recul n’est pas le même.

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      1. Oui, tu as raison. A savoir comment je percevrais cette lecture aujourd’hui… Mais ce sont des livres qu’il faut lire un jour je pense, rien que pour le devoir de mémoire. Elles restent malgré tout des lectures « lourdes » et il faut un certain temps pour les digérer.

        Aimé par 1 personne

      2. Tout à fait d’accord ! C’est une lecture qui me suit encore ! Et je pense pour très longtemps.

        Aimé par 1 personne

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