« Cet homme est un poison, il coule dans mes veines comme une lave. Plus je le vois, plus il m’attire, plus je le crains comme une promesse de malheur. »

Villa Taylor

Canesi & Rahmani

Editions Anne Carrière

Synopsis :

Diane, jeune « executive woman » au caractère bien trempé, dirige avec succès une banque d’affaires parisienne. Son ascension professionnelle fulgurante est aux antipodes de sa vie personnelle, qui se résume à un mot : désert. Un désert dont l’aridité résulte des zones d’ombre de son enfance.

Survient la mort de sa grand-mère, qui lui laisse en héritage la mythique Villa Taylor de Marrakech. Ce lieu a accueilli quelques-unes des plus grandes figures du XXe siècle : Franklin Roosevelt, Winston Churchill, Charlie Chaplin. Churchill y a fait plusieurs séjours et y a peint durant la Seconde Guerre mondiale l’unique tableau de sa main. Cette demeure renferme aussi toutes les clés du passé de Diane, clés que lui a scrupuleusement dissimulées sa famille.

La première idée de Diane est de vendre la maison, mais ce lieu mystérieux, protégé du monde par la luxuriance de son parc, va entrer en résistance. Revient alors l’envie chez Diane de retrouver la trace de sa mère, qu’elle n’a pas connue.

Les derniers habitants de la Villa Taylor : Halima, la gouvernante, Ahmed, le jardinier aveugle, Agathe, l’amie de sa grand-mère, vont l’aider à lever le voile sur ces énigmes. Tout est prêt, il ne manque qu’un amour violent et étrange, aussi ténébreux que les sous-bois du parc. Il attend, chargé d’un enivrant parfum de menthe, et va bientôt emporter Diane, enfin prête à vivre.

L’avis de Ceriss :

Roman olfactif totalement addictif ! Une lecture qui distille un doux parfum empli d’émotions.

J’ai aimé ce roman bien au delà des mots. C’est plus qu’un voyage au cœur du Maroc et de Marrakech, c’est une ode au Maroc, c’est la juste représentation de tout ce qui fait du Maroc un pays exceptionnel. (Vous sentez la fille nostalgique de ses voyages au Maroc ???😉)

Des senteurs et des odeurs par milliers, inoubliables…, des fleurs et des couleurs à foison, des saveurs qui vous font voyager, le Maroc est un pays qui enflamme tout vos sens, et ce roman en est le parfait reflet.

Bien entendu au cœur du roman, il y a cette passionnante Villa Taylor, qui a connu son apogée en voyant défiler au sein de ses murs, Sir Churchill & tant d’autres ; et qui, aujourd’hui malgré l’usure du temps, reste encore un cocon entouré de son eden de couleurs et de parfums au sein d’un Marrakech agité, une bulle de sérénité et de paix hors du temps au milieu des tourments.

Ce roman m’a fait découvrir que Churchill peignait, ce que j’ignorais totalement.

churchill

Et puis, il y a Diane, cette femme en quête de son histoire, et plus particulièrement de sa mère la belle Daphné, dont elle n’a aucun souvenir, et dont elle ne sait même pas si elle est morte ou vivante. Ses failles, ses souffrances sont émouvantes, on ne peut que compatir à ce manque, à ce vide qui l’entrave, qui l’empêche d’avancer dans sa propre vie. On se met à espérer avec elle, on échafaude des possibilités à ses côtés, on la suit avec plaisir à la rencontre de tous les témoins de son passé, jusqu’au dénouement final.

C’est également un roman sur l’amour. On y parle de l’amour sous toutes ses formes, le grand amour d’une vie, l’amour pour sa famille, l’amour pour son entourage, l’amour à sens unique, l’amour pour une terre, et surtout l’amour pour « l’autre », pour celui qu’on ne connaît pas, pour celui qui n’a pas les mêmes origines, la même culture ou la même religion. Car le roman nous parle aussi de cela, du métissage, de l’ouverture au monde, et de la richesse que nous apportent nos différences quelles qu’en soient la nature.

Un roman au sein duquel on retrouve une référence à Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, une allusion au Mektoub (pour ceux qui ont lu mes autres articles ils savent quel attachement j’ai pour cette notion), une démonstration communiste et qui fait également un clin d’œil aux Milles et une nuits, tous mes fondamentaux, ne pouvait de toute façon qu’attisait mon plaisir.

Je l’ai savouré du début à la fin, malgré quelques clichés bien vite oubliés, et un léger manque sur certains passages que j’aurai aimé voir plus développés.

Mon histoire personnelle et l’amour que je porte à ce pays depuis que je l’ai découvert il y a maintenant 9 ans, ne sont sûrement pas étrangers au coup de cœur que j’ai eu pour ce très beau roman.

Mais que vous connaissiez ou non ce beau pays, je vous recommande vivement la lecture de ce doux roman.

Citations :

 

« J’oscille entre sentimentalisme béat et sévérité implacable. Tour à tour témoin à charge et avocat de la défense, j’instruis en permanence le procès de ma mère.

Mais quel chef d’accusation ?

Abandon d’enfant ? Trahison sentimentale ? Disparition volontaire ? Aucun n’est un crime ou un délit et, même si cela était, je ne peux rien prouver, je n’ai rien, rien qu’une hypothétique boîte à bijoux, peut-être vide…La justice est le royaume des preuves, et sans preuve, pas de procès !

Objection, les filles héritent en naissant des fêlures de leurs mères, Daphné de Chalgrin est donc coupable, forcément coupable. »

♥♥♥♥♥

« Quand disparaît ce qui faisait la saveur des jours, ce qui nous semblait naturel, quand on perd ce qu’on imaginait donné par Dieu une fois pour toutes, alors on comprend que le bonheur, c’est l’inconscience du bonheur… Ce bleu vous n’imaginez pas à quel point je m’y suis suis accroché, à quel point il m’enchantait ! Profitez du bleu, du rouge, du vert et du jaune, Mademoiselle Diane, ne pensez pas que le bonheur est pour demain. Le bonheur c’est aujourd’hui ne le laissez pas passer, ne le méprisez pas ! Parce qu’un jour le bleu s’en va, le bleu s’en va toujours… »

♥♥♥♥♥

« Le thé à la menthe est, pour Salim, la quintessence de l’hédonisme. Il séduit les cinq sens et à sa connaissance, il est le seul.

Le champagne ?

Non…comme le thé, le champagne est convivial, mais il ne flatte pas vraiment l’odorat. Le thé met tous les sens en émoi : l’ouïe, la vue quand il bouillonne dans les verres, l’odorat quand il exhale son puissant parfum, le toucher quand, brûlant, il nous contraint à l’attente, et enfin le goût, mélange d’âpreté et douceur, d’ardente fraîcheur. »

Le thé à la menthe est le plaisir simple d’une civilisation sensuelle, du monde de la lenteur. Il est partout, dans les palais, les maisons les plus humbles, les déserts reculés, les villes surpeuplées, les villages, les hameaux, les tentes. Tout est prétexte à le consommer. Il est comme le bonheur, on se brûle à vouloir trop vite en jouir et, une fois dégusté, il laisse au fond du verre quelques gouttes sombres chargées du marc, comme une nostalgie… »

♥♥♥♥♥

« Tu m’as avoué un jour que tu aimais tellement cet homme qu’il était ton squelette… et que l’éloigner de toi te disloquerait… que tu ne pourrais pas survivre… qu’il était ton cœur… qu’il battait en toi chaque seconde… qu’il était ton âme… qu’il animait ta vie… et que sans squelette, sans cœur et sans âme nul ne pouvait exister. On ne m’avait jamais donné une si belle définition de l’amour. »

♥♥♥♥♥

« Quand elle le vit pour la première fois, le jour du mariage, ses craintes s’évanouirent. Messaoud séduisait par sa seule présence, il n’avait guère besoin de parler. Il ne savait rien de son pouvoir, c’était un homme simple, comme elle. Il venait du bled et n’avait rien connu d’autre. Il avait eu faim, souvent. Il ne savait pas ce qu’était un jouet, il avait été élevé à la dure. Elle ne l’avait jamais vu pleurer, on ne pleure pas quand on est pauvre, les larmes c’est pour les riches. Elle pense que sa force, il la tenait de sa douceur. c’était un homme doux mais physiquement très fort. Son charme venait de là, il n’avait aucune méchanceté. »

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