« Quand la vie suspend son vol, la vérité sur le passé ici-bas de celui qui s’est éteint devient brusquement une nécessité. »

La mort du Taxidermiste

Guillaume LE TOUZE

Editions ACTES SUD

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Synopsis :

Taxidermiste, Bernard l’est devenu après d’autres métiers et une longue traversée que cette histoire révèle mais, lorsqu’il s’installe à Paris dans les années 1970, la vie s’est adoucie. Le silence et la minutie, l’imaginaire et l’observation sont des qualités primordiales pour exercer cette étrange profession qui consiste à redonner corps à la perte, à retrouver la posture souvent furtive qui parachève l’identité d’un animal. Dans son atelier se côtoient des oiseaux, des renards, quelques lémuriens auprès desquels se détache la longue silhouette d’une girafe oubliée là par son commanditaire.
Tout comme les êtres en ces lieux sont réinventés, la géographie d’une vie demeure pour cet homme une construction aléatoire que l’on peut maquiller pour ne jamais en faire état.
Est-ce pour cela que Marianne, sa fille aînée, est revenue vivre en Corse ? Seule dans un village de l’Alta Rocca, elle est allée chercher dans les replis du paysage la force de l’ancrage et la mesure du temps.

Si le thème de la filiation apparaît dans tous les livres de Guillaume LE TOUZE, celui-ci semble s’y adosser pour cette fois aborder l’identité sous le signe de la topographie. Car le personnage principale est une île hérissée de monts et de blocs granitiques, une île habitée d’arbres millénaires enracinés en pleine mer.

L’avis de Ceriss :

Au cours des 15 premières pages la tentation d’abandonner m’a effleurée au moins 4 fois…mauvaise augure ?

Je me suis accrochée, et j’ai vraiment bien fait, car j’ai eu finalement un coup de cœur pour cette histoire.

Une vraie belle rencontre avec ce roman, pleine d’émotions et de réflexions.

Si le début est assez flou et si j’ai eu du mal à faire coïncider les différents éléments du puzzle entre eux dans un premier temps, tout finit par prendre très vite place, pour mon plus grand plaisir.

Guillaume LE TOUZE nous conte avec brio l’histoire d’une famille dont le père Bernard apprend qu’il est condamné et que la fin est malheureusement proche.

C’est donc l’histoire d’une mort annoncée, et d’une famille qui se retrouve pour entourer Bernard et partager ces derniers moments si précieux puisqu’on sait qu’ils seront les derniers. Et c’est là souvent que se déchire le voile posé depuis fort longtemps sur les secrets de famille.

C’est aussi le récit d’une histoire d’amour, celle qui a uni et unit encore Bernard & Louise. Un amour si grand, si fort, si beau, si unique, si silencieux ; un amour total, celui qui vous transporte, qui vous supporte, vous emporte tout le long d’une vie.

C’est enfin l’histoire d’une fratrie, d’Antoine et Marianne, de leurs blessures, de leur manque par rapport à ce père secret, de leur besoin de partir à la recherche de leurs origines, de leur façon si différentes de réagir à une histoire et à un passé (voir à un passif) qu’ils ont pourtant en commun…

J’avoue avoir suivi avec beaucoup d’émotion l’histoire de cette famille, j’ai aimé me questionner en parallèle, un roman qui m’a fait réfléchir sur la vie, l’amour, la famille, la filiation, la construction de son identité, les secrets de famille, les non-dits, l’exil, sur le sort réservé aux réfugiés.

Un vrai bon roman que je vous recommande vivement.

Citations :

« La colère qui gouvernait trop souvent ses pensées l’enfermait dans un remarquable aveuglement. »

♥♥♥♥♥

« Enfant puis adolescent, son fils considérait de façon presque revendicative qu’il lui devait prévenance et attention. L’écouter, le conseiller, répondre à ses questions était plus qu’une priorité, une urgence à laquelle Antoine ne pouvait se dérober qu’il soit sous la douche, en voiture, en train de préparer le repas ou assoupi sur un livre le soir, dans son lit. Cette attitude n’avait pourtant rien d’agressif, l’enfant était autoritaire avec douceur et naturel, un tyran souriant et heureux de vivre. »

♥♥♥♥♥

« Mais Bernard sait aussi qu’il n’a jamais songé à reprendre l’entreprise, qu’il a fait son propre chemin, pas bien loin du sien, mais sans marcher exactement dans ses traces. Peut-être parce qu’il n’a jamais eu de grand-père paternel, son fils ne s’est jamais inscrit dans une lignée.  Quant à lui, Bernard, qui ne se connaît pas d’avant, comment aurait -il préparé un après ?  Maillon unique, il aura sans doute condamné son fils à vivre avec cette difficulté de n’avoir toujours été inscrit que dans le présent.  Bernard se demande ce qui va se passer lorsqu’il ne sera plus là, mais ça il le garde pour lui. »

♥♥♥♥♥

« Antoine se demande soudain pourquoi certains individus enroulent une vie entière autour de malentendus comme un serpent étouffe sa proie. Marianne a cristallisé son mal-être sur une réflexion anecdotique, alors que son père a sûrement oublié jusqu’à la couleur de la robe qu’elle portait ce jour-là. La vie de famille est singulièrement injuste. »

 

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