« Je lui ai répondu que dans le désert on ne classe pas les choses en faciles et difficiles, mais en possibles et impossibles. »

Imaginer la pluie

Santiago PAJARES

Actes Sud

Synopsis :

Il n’a jamais connu que les dunes et le désert, et pour toute compagnie sa mère qui lui raconte un monde détruit par la folie des hommes. Ici point de rose à soigner, point de renard ou d’astéroïde à chérir. La nostalgie n’a pas cours, seul compte ce qui autorise la survie : un appentis pour s’abriter des tempêtes de sable ; quelques palmiers et un puits ; beaucoup de lézards, et de rares légumes.

Consciente que son petit prince devra un jour désirer autre chose, la mère fait de lui le dépositaire de ses souvenirs. Elle lui représente ce qui composait l’existence d’avant : le goût du café fumant, l’arôme des fleurs, la rosée du matin sur les fougères, les notes d’un piano, mais aussi la haine, la cupidité et la guerre. Elle sait qu’un jour il faudra partir, s’arracher à ce lieu familier mais précaire.

A la mort de sa mère, terrassé par le silence, le garçon entreprend un long voyage pour revenir vers les hommes.

Fable exquise sur le désert intérieur de chacun, composé d’épreuves, de solitudes et de mirages, Imaginer la pluie s’attache à l’inventaire de ce qui est réellement indispensable à notre bonheur.

Mon avis :

Bienvenue au cœur du désert !

Alors je vous avoue tout de suite que ce n’est absolument pas ma destination favorite, surtout pour y vivre !

Partager la vie d’Ionah entre son puit, son appentis et ses palmiers fut pour moi une source d’angoisse, et d’oppression. Oui je me suis sentie claustrophobe dans ce désert qui est pourtant synonyme d’infini et d’espace sans limite.

« Je m’appelle Ionah. J’ai vingt et un ans et depuis l’âge de douze ans je n’ai parlé qu’à moi-même. »

Voilà le genre d’extrait qui me fait froid dans le dos. Moi celle que sa mère appelait pourtant la sauvage, d’imaginer ne parler à personne pendant 9 ans, de vivre en totale autarcie dans le désert, et bien ça me fait flipper…et pas qu’un peu.

L’histoire est contée à la première personne, forme que j’apprécie beaucoup.

Mais le fond de l’histoire ne m’a pas émue ni touchée. Cette femme a fui une destruction dont on ne sait pas grand chose, a mis au monde son enfant au milieu du désert, puis a choisi de l’y faire grandir loin des hommes et de toute civilisation.

Ce fils, lourd de la mémoire de sa mère, a été élevé dans la crainte de l’autre.

L’autre, que sa mère lui a présenté comme méchant, violent et égoïste, sans qu’il lui soit possible de la contredire puisqu’il a passé toute sa vie isolé des hommes, seul dans ce désert.

Après le décès de sa mère, il va finir par rencontrer d’abord un semblable, naufragé du désert, puis pousser par celui-ci, par quitter définitivement son appentis et rejoindre le monde des hommes.

C’est une critique de notre société de consommation, on voit bien que pour survivre, l’homme peut se contenter du strict (très strict !) minimum, même au niveau des interactions humaines, mais je n’ai pas réussi à suivre l’auteur dans sa démonstration… car la vie ne se résume pas, pour moi, à la seule question de la survie. Vivre comme un ascète, de presque rien, n’est ni un idéal, ni une solution à mes yeux.

C’est certes, une jolie fable, mais qui n’a pas tenue ses promesses, même si elle est parsemée de belles réflexions.

En fin de compte, cette histoire m’a un peu déçue, elle ne m’a pas emmenée là où j’aurais aimé aller.

Citations :

« – Tu sais ce que c’est, la nostalgie ?

– Non.

– Parce que tu n’as jamais rien perdu. »

♥♥♥♥♥

« Mère m’expliqua que les mots servaient à se rappeler ce que nous ne voulions pas oublier, ce qui était arrivé d’essentiel pour nous. Ainsi pouvions-nous connaître ce qui s’était passé avant notre naissance et imaginer ce qui surviendrait après notre mort. C’était beaucoup mieux que chercher de belles combinaisons. La mémoire est un tout petit livre.

Mais les mots comportaient aussi un énorme danger. Ils pouvaient composer des mensonges et détailler des événements qui ne s’étaient pas déroulés comme c’était décrit. Et cela risquait d’engendrer des disputes et même des guerres. »

♥♥♥♥♥

« Je ne répondis pas, parce que c’était vrai, et ne rien dire est une façon moins douloureuse d’acquiescer. »

♥♥♥♥♥

« – Alors, comment sais-tu que Shui appartient au camp des bons ?

– Ce n’est peut-être pas important.

– Comment cela, pas important ?

– Je crois qu’en réalité tout consiste à ne pas demander.

– Je ne comprends pas.

– Voyons, mère, si tu demandes, ils te diront tous qu’ils sont du côté des bons. »

♥♥♥♥♥

« – Ce ne sont pas des mensonges, ce sont des contes.

– Quelle est la différence ?

– On dit des mensonges pour tromper les gens. Les contes, c’est pour qu’ils se sentent bien. »

♥♥♥♥♥

 » – Que sais tu de l’amour, Ionah ?

– Je sais qu’il existe, mais que nous ne pouvons pas le toucher, comme la peur ou la faim.

– L’amour est une force, Ionah, mais ce n’est pas la force la plus puissante. Sinon tout aurait été différent.

– Et quelle est la force la plus puissante ?

– La peur. Tu choisis qui aimer, mais pas de qui ou de quoi tu as peur. « 

♥♥♥♥♥

« Je suppose que c’est ainsi que tout commence. On obtient des choses et on a peur de les perdre, et la peur annule le courage. »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s