« J’ai essayé de croire que j’avais le pouvoir d’écrire la fin de l’histoire comme je le souhaitais. »

Dites aux loups que je suis chez moi

Carol RIFKA BRUNT

Editions BUCHET-CHASTEL

Synopsis :

Nous sommes au milieu des années 1980, aux États-Unis. June est une adolescente taciturne, écrasée par une sœur aînée histrionique et des parents aussi absents qu’ennuyeux. Depuis sa banlieue triste du New Jersey, elle rêve d’art et de son oncle Finn, un peintre new-yorkais reconnu.

Mais Finn est très affaibli et meurt bientôt de cette maladie qu’on n’évoque qu’à demi-mot, le sida. Inconsolable, la jeune fille se lie d’amitié avec un homme étrange, Toby, qui se présente comme l’ami de Finn. Confrontée à l’incompréhension de son entourage, et à la réalité d’une maladie encore honteuse, June va brusquement basculer dans le monde des adultes et son hypocrisie.

Roman d’apprentissage bouleversant, chronique des années sida vues par les yeux d’une adolescente, Dites aux loups que je suis chez moi révèle une auteure à la plume sensible et puissante.

Mon avis :

Comment parler d’un tel roman, sans être excessif mais sans rien lui enlever non plus.

J’ai aimé cette lecture, c’est clair c’est sûr, c’est clûr !

Mais qu’écrire ici.

Je pourrais vous dire que c’est le genre de livre où dès les premières pages lues, je me sens comme chez moi, je sais que ça va bien se passer, presque quelque soit l’intrigue et l’évolution de l’histoire et des personnages.

Je pourrais vous dire que c’est le genre de livre par lequel on se fait happer sans l’avoir vu venir. Ce fut mon cas, alors j’ai savouré cette histoire, j’ai pris le temps nécessaire à lui consacrer.

June, l’héroïne de ce roman, du haut de ses 14 ans m’a embarqué avec elle dans cette histoire de famille. Elle se livre, bien qu’elle soit une adolescente secrète, réservée, solitaire, sauvage pourrait-on dire, passant beaucoup de temps en forêt seule à imaginer des histoires et à vivre dans un monde imaginaire. Je me suis retrouvée en elle.

C’est donc l’histoire d’une famille dans laquelle un deuil va venir faire tomber les masques des uns et des autres, petit à petit.

C’est l’histoire de Finn, artiste peintre, qui vient de mourir du sida, et qui laisse derrière lui en héritage, le magnifique portrait de deux sœurs, ses deux nièces, mais pas que…

C’est l’histoire de deux sœurs, Gretta & June, qui s’aiment tant qu’elles se cherchent, se trouvent, se font du mal, se repoussent, s’observent, s’inquiètent l’une pour l’autre, se jalousent, se croisent, s’ignorent, s’appellent au secours en silence.

C’est l’histoire d’une femme, qui en a tellement voulu à son frère de l’avoir écartée de sa vie pour y laisser une place à l’Amour, qu’elle décide de lui en faire payer le prix à lui, mais aussi à tout leur entourage.

C’est l’histoire d’un homme qui a fait une promesse au seul Amour de sa vie, et qui compte bien l’honorer envers et contre tout, au prix de sa vie si besoin est.

Ce très beau roman parle d’amour sous toutes ses formes, de ce qu’il vous pousse à faire de bien ou de mal, pour l’Autre ou pour les autres, par envie ou par jalousie. Il nous montre aussi combien l’amour que l’on porte à une même personne peut finalement nous rapprocher et créer un lien très fort.

Et bien entendu, puisqu’il parle d’amour, ce roman parle aussi du sida, car c’est une variable incontournable, dont d’ailleurs on ne parle plus assez. L’auteur y décrit non seulement la maladie, mais surtout la façon dont le sida est toujours traité de façon stéréotypée par les médias et l’ignorance de bien des individus les amenant à avoir un comportement stupide.

Voilà ce fut pour moi une très belle lecture que j’ai savourée et que je vous recommande vraiment. Je pense que June va me suivre pendant un certain temps, n’est ce pas à ça qu’on reconnait un bon roman ?

Citations :

« La journée avait été si longue… Sans doute la plus longue de ma vie. J’avais l’impression d’avoir la preuve que tous les jours n’ont pas la même longueur, ni le même poids. La preuve qu’il existe des mondes et des mondes, et des mondes au dessus des mondes, si l’on y croit. »

♥♥♥♥♥

« Puis ils ont enchaîné avec un reportage plus général sur le sida. Comme toujours, ils ont commencé avec des images tournées dans une espèce de boîte de nuit glauque de New York, filmant quelques gays, vêtus de tenues en cuir grotesques, en train de se déhancher. Je n’arrivais même pas à m’imaginer Finn dansant toute la nuit comme une sorte de cow-boy à moitié nu. Ça aurait été bien, que pour une fois, ils montrent des types simplement assis dans leur salon en train de boire du thé et de parler art ou cinéma. S’ils diffusaient des de ce genre, peut-être qu’alors les gens diraient : « Oh, d’accord, ils ne sont pas si étranges. »

♥♥♥♥♥

 » Quel est le super pouvoir de June Elbus ?

J’ai réfléchi à tous les aspects de ma personne, de la tête aux pieds. C’était comme être forcée de lire les sections les plus ennuyeuses d’un catalogue de vente par correspondance. Comme feuilleter les pages d’accessoires pour salles de bains. Un esprit ennuyeux. Un visage banal. Aucun sex-appeal. Des mains malhabiles.

– Mon cœur. Un cœur dur, ai-je dit sans trop savoir d’où ça sortait. Le cœur le plus dur du monde.

– Hmmm, a répondu Toby en agitant un doigt dans l’air. Voilà un pouvoir utile, tu sais. Très pratique. La question c’est…

Toby a marqué une pause, comme s’il prenait cette conversation très au sérieux.

– C’est quoi la question ?

– La question c’est : pierre ou glace ? Un cœur qu’on fend ou un cœur qui fond ? »

♥♥♥♥♥

« Et l’espace d’un instant, je me suis dit que même s’il était impossible de remonter le temps, on pouvait le ralentir en s’adonnant à des activités d’enfant. L’arrêter juste assez longtemps pour que tout s’arrange. »

♥♥♥♥♥

« Une mère de quatre enfants m’observait. Je me suis rendue compte que nous devions la choquer, mais ça m’était égal. J’ai tiré sur la manche de Toby et nous nous sommes levés tous les deux, toujours bras dessus bras dessous. Je me disais que personne ne connaissait notre histoire. Que personne ne connaissait la tristesse de notre histoire. »

♥♥♥♥♥

« Je savais que les espoirs perdus pouvaient être dangereux, qu’ils pouvaient nous transformer en une personne que l’on aurait jamais imaginé devenir. »

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. J’ai beaucoup entendu parler de ce roman, en bien. Merci pour ta chronique!

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s