» Tu nous as fait un paradis. Pourquoi en avons-nous fait un enfer ? »

Les équilibristes

Jean-Marc BENEDETTI

Editions Passiflore

Synopsis :

« Ça a commencé comme ça. Dans un train. Il rentrait d’un voyage au Rajasthan. Elle l’a appelé au téléphone. Elle a dit qu’il y avait une zone d’ombre entre eux. Il a ri. Ça c’était sûr. Il y avait toujours eu des zones d’ombre entre eux. Il l’entendait mal. Quoi ? Une ombre ? Où ça ? Répète. Quoi ? Où ? Ça a coupé. Puis la liaison est revenue. Le wagon vibrait. L’espace exigu de la cabine téléphonique a soudain été envahi par la zone d’ombre. »

C’est l’histoire d’un voyage en Inde, d’un chaos, d’une réconciliation tardive et salvatrice entre un homme et une femme que ce roman dit à deux voix. Aveux déchirants d’amour et de haine. Leur vie est un sport de combat, une mise en danger qui consiste à vivre à deux sur un fil. Ordinaire des jours, passions empêchées. Nul besoin d’aller au cirque pour se sentir équilibriste.

Un texte sans concessions.

Mon avis :

Ce fut pour moi une lecture surprenante.

On pourrait penser à une histoire d’amour banale en commençant ce roman, mais ce n’est pas que ça.

Un Homme et une Femme s’aiment mais se font souffrir, l’Homme part seul en voyage en Inde, pour prendre de la distance, croirait-on. Mais l’affaire se révèle beaucoup complexe et le fil de leur histoire va alors se dérouler sous nos yeux : entre cancer et trahison, entre haine et amour, entre rancœurs et espoirs, entre reproches et revendications, entre séparation et retrouvaille, entre dépaysement et repli chez soi …

L’auteur nous dépeint toute la complexité d’une relation de couple entre un homme solaire et une femme lunaire, et la difficulté de parvenir à un équilibre satisfaisant pour les deux.

De beaux passages nous font ressentir toute l’ambivalence d’une vie de couple, et ce sentiment est renforcé par cette écriture à deux voix, car les chapitres s’alternent : lui, elle, entrecoupés de ses écrits à elle, le flot de ses mots tapés sur son clavier d’ordinateur.

C’est d’ailleurs le seul petit bémol, cette forme particulière du roman a failli me perdre, les chapitres retranscrivant ses écrits sont sans aucune ponctuation et sont assez spéciaux à lire, même si on parvient à trouver un rythme, une respiration au fil de la lecture, cela peut néanmoins être assez fastidieux pour certains lecteurs.

La fin du roman est assez dure, bien qu’elle apporte la réconciliation et surtout l’apaisement tant attendu et espéré par ce couple, il n’en reste pas moins qu’elle est également synonyme de maladie, de déclin et de fin de vie douloureuse. Une lecture qui se termine la boule au ventre et la larme à l’œil.

Une lecture réalisée dans le cadre de la masse critique de Babelio, aussi je tiens à remercier Babelio et les éditions Passiflore pour cette découverte.

Citations :

« Ce matin, je n’avais plus mal. Mais ça revient et j’essaie d’oublier la tumeur. J’écris tu meurs. Tu écris : je meurs. Tes cris, mes cris. Écris-moi. Des profondeurs vers toi, je crie « Ô Seigneur ». »

♥♥♥♥♥

« Et il ne cesse de penser à Claire la mal-nommée, Claire-Obscure, qu’il aime malgré ses noirceurs, ses peurs, son regard figé sur le marbre noir des tombeaux pendant que lui regarde le marbre neigeux.

Et elle ne le sait pas. Elle ne croit pas qu’en ce moment il ne pense qu’à elle. »

♥♥♥♥♥

« Tu es si loin dans ta journée. Quatre heures d’avance sur moi, toujours en avance. Avec moi toujours à la traîne. Je voudrais tant que tu me prennes dans tes bras pour me consoler, pour me mentir une fois de plus. Tu m’auras rapporté des étoffes, des bijoux peut-être, pour panser, pour me faire oublier. Ça tombera à pic et moi alors à bout de souffle, si je ne me suis pas tuée, trop torturée, j’adorerai tous tes mensonges, je t’encenserai, toi mon beau voyageur, pourvu que ma haine la boucle et que je sache fermer les yeux enfin, pour me laisser aimer, pour oublier toutes des rencontres. »

♥♥♥♥♥

« […] je vais pouvoir acheter des fringues neuves avec deux tailles en dessous quel record en si peu de temps la dernière fois que j’ai maigri c’était pendant le cancer n° 1 un détail mais comme Elise a toujours dit pour maigrir pas besoin de régime il suffit de pas bouffer on a jamais vu d’obèses à Auschwitz[…] »

♥♥♥♥♥

« Puis on les a lâchés en roue libre dans le monde. Un médecin a même dit qu’elle pouvait faire tout ce qu’elle voulait. Qu’elle allait traverser un long tunnel. Elle lui a répondu que c’était dommage parce qu’elle était claustrophobe. Toujours cet humour noir, dévastateur et si courageux. Ils étaient perdus, mais ce qui les éloignait les rapprochait considérablement. »

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